Burn-out et Compétence

10 Mai

31 mai 2012, Hôpital Saint Jean de Dieu

L’épuisement professionnel, compétence et burn-out.

Janine Cornaton-Roche (LEACM)

L’épuisement professionnel ou burn-out et la compétence peuvent sembler appartenir à des champs différents mais en mettant en lien un certain nombre de données, nous observons qu’une relation circulaire peut s’établir entre les deux.

Même s’il est légitime de penser que certaines structures psychiques sont plus exposées que d’autres (ce qui reste à prouver), toute personne peut être sujette au burn-out si une spirale perverse se crée entre sa personnalité et la situation professionnelle.

La compétence n’est pas qu’une liste de gestes techniques à maîtriser, mais une interaction mouvante entre un sujet et son environnement professionnel. La compétence possède plusieurs dimensions mais ce sont surtout les dimensions personnelles, tant cognitives que psycho-affectives qui sont concernées dans le burn-out. Les évolutions du monde du travail au cours des trente dernières années ont en effet introduit ces deux dimensions dans un monde d’où elles n’étaient pas absentes bien sûr mais pas à un tel niveau.

Les grandes évolutions du monde du travail qui ont eu pour conséquence que le champ couvert par la compétence s’est considérablement étendu, complexifié et virtualisé. La compétence se manifeste au résultat en termes de performance, de comportements, de décisions. Elle se traduit par des gestes professionnels adéquats, des actes adéquats, des paroles adéquates et surtout des décisions adéquates parce qu’en définitive, la compétence est beaucoup affaire de résolution de problèmes complexes, donc de décision.

Des situations de burn-out peuvent être mises en lien avec la décision. La question du narcissisme est interrogée dans les situations de travail actuelles, où la tension écono- mique mondiale implique un langage de guerre, où la compétence est un instrument de conquête ou de résistance, où le management intègre l’odieux (cf suicides à France Télécom…ou ailleurs…). C’est le tendon d’Achille de la compétence. Cela amène à faire la différence entre compétence objective et sentiment de compétence.

  • La compétence objective reste extérieure au sujet, elle est attestée par des personnes extérieures
  • Le sentiment de compétence, c’est la compétence vécue par le sujet lui-même. Proche de l’estime de soi, et de façon sous-jacente du narcissisme fondamental du sujet, le sentiment de compétence est au cœur de la question du burn-out.

Il peut être en décalage complet avec la compétence objective :

  • Déni de compétence
  • Déni d’incompétence
  • Hypercompétence

Avec cette hypothèse sous-jacente que le lien entre le burn-out et la compétence ne peut pas être linéaire mais circulaire : le burn-out peut prendre racine dans une dévaluation du sentiment de compétence et plus précisément dans un sentiment de ne pas maîtriser son environnement et à l’inverse le glissement vers le burn-out peut avoir des effets dépré-ciateurs sur le sentiment de compétence et en dernier ressort sur la compétence effective elle-même.

texte intégral, contact : mariji.roche@free.fr